Groupe de travail

"Ecritures Hypertextuelles"

Compte-rendu - 20 avril 2000

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1999-2000

Présents

Jean Clément, Evelyne Broudoux, Thierry Giacomino, Ségolène de la Roche Saint André, Valérie Ogé, Jean-Hugues Réthy, Andras Toth, Claude Tuduri, Jean-Baptiste de Vathaire.

Secrétaire de séance : Valérie Ogé

Pour la prochaine séance, le jeudi 11 mai à 19h30, nous serons accueillis par Andras Toth (tél. direct: 01 44 16 01 14) à la Maison des Provinces de France à la Cité Internationale Universitaire de Paris, 55 bd Jourdan 75014 Paris (chemin d'accès détaillé : cliquer)

Ordre du jour prévu : exposé "Typologie des liens" par Evelyne Brodoux, présentation du nouveau musée des Arts et Métiers par Ségolène de la Roche St André,...et pour tous, un thème à préparer : la place du son dans les hypermedias.

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Ordre du jour de la réunion du 20 avril:

  1. Tour de table : actualités
  2. Exposé : les cahiers de laboratoire - Thierry Giacomino
  3. Compte-rendu du livre de Paul Soriano Lire, Ecrire, Parler, Penser dans la société d'information - Jean Clément
  4. Compte-rendu du livre Typoésie de Jérome Peignot - Jean Clément
  5. Présentation du e-book de la société Cytale - Jean-Baptiste de Vathaire


Actualités

- Nouveau numéro de la revue "Lire" : Comment la technologie modifie l'écriture.

- Jean Clément a publié un article intitulé "Hypertexte et complexité" dans la revue "Etudes françaises" au sein du numéro spécial de mars 2000 "Internet et littérature : nouveaux espaces d'écriture ?". Consultable et téléchargeable sur le site de la revue http://www.erudit.org/erudit/etudfr

- Du 6 au 10 juin 2000, l'Ircam présente "Machinations" de Georges Aperghis, spectacle musical. Les personnages sont quatre femmes, et "Machine" un ordinateur.

""Les personnages d'Aperghis - telles les quatre femmes de Machinations - sont traversés de mots proliférants, selon une logique qui les dépasse, une logique musicale. Ils en sont déstabilisés, ils en bégaient souvent (...) "Machine" pertube les jeux de langage, "Machine" dit des choses imprononçables; "Machine" incarne ici à la lettre cette folie machinique qui, dans toutes les oeuvres d'Aperghis rend les mots malades, atteints d'un "virus" qui les envahit comme le lierre du non-sens."(in la revue de l'Ircam n°17)

- A regarder, un site de graphistes foisonnant et utilisant le son : http://www.day-dream.com

- Renaud Camus, écrivain depuis vint ans, travaille à présent aussi sur l'hypertexte. Il écrit "Le chantier des vaisseaux brûlés" à partir d'un livre publié en fragments "PA - Petites Annonces". Chaque mot est un carrefour ouvert à l'infini. Voir http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus

 

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Les cahiers de laboratoire - exposé de Thierry Giacomino

Thierry s'est intéressé à ce support peu connu grâce à un article d'Odile Welfelé paru dans la revue Alliage n°37-38 : "Organiser le désordre - Usages du cahier de laboratoire en physique contemporaine".

Les cahiers de laboratoire sont l'une des rares survivances d'écriture manuscrite et non par des moyens technologiques (mails,etc..). Ils engrangent les comptes-rendus d'expérience, au fur et à mesure de leur déroulement, selon un style plus ou moins proche de l'oral. Ces supports sont strictement personnels ou partagés par l'équipe qui réalise les expériences.

Apparemment plus proches du journal intime que de l'œuvre multimédia, les cahiers de laboratoire nous permettent pourtant d'appréhender plusieurs spécificités de l'écriture hypertextuelle :

1) C'est une écriture non linéaire, composée de fragments (chacune des expériences),

2) Ce peut être un document d'équipe, une écriture collective.

3) L'écriture s'organise en plusieurs plans :

- l'axe chronologique,

- le cheminement des anotations et corrections réalisées à postériori sur les comptes-rendus antérieurs, souvent d'une autre couleur (rouge), qui forme un réseau d'incises et d'allers-retours,

- les commentaires personnels et jeux de mots destinés aux partenaires de l'expérience.

 

Remarques des uns et des autres :

- Jean : En quoi les cahiers de note scientifiques diffèrent de la genèse littéraire du point de vue de l'hypertexte? Pour les généticiens du texte, l'hypertexte est un outil de lecture pour rendre lisibles les étapes de la création. Alors que le cahier de laboratoire est un outil personnel. On ne voit pas l'utilité de l'hypertextualiser.

- Valérie et Jean-Hugues : les cahiers de laboratoires pourraient peut-être contribuer à analyser le processus des découvertes scientifiques.

- Thierry : Le cahier de laboratoire est une mémoire externe qui s'apparente au journal intime, mais qui est très proche de l'oral et de l'informel. Il montre aussi une micro-culture, celle de l'équipe avec ses expressions type. Le journal intime postule l'existence d'un lecteur potentiel, et il est conçu avec un minimum d'organisation.

- Andras : c'est comme les notes des docteurs lors des visites d'hôpitaux.

- Jean : Pas tout à fait car elles sont dogmatiques, faites pour être dictées.

- Jean : Arrive-t-on à un genre, y-a-t-il des points communs entre ces cahiers de laboratoires ?

- Thierry : souvent des cahiers grand format pour ne pas le perdre, Clairefontaine à spirale et à petits carreaux, les pages sont numérotées, il y a une obligation de remplir les dates. l'écriture se fait au feutre, ou au crayon pour effacer, avec des couleurs pour les retours.

- Ségolène : Le goût vers l'authentique existe aussi dans les arts plastiques. Il y a beaucoup d'expositions d'études et d'exquisses au Louvre, plus qu'avant.

- Thierry : Pour certains, l'écriture est foisonnante, voire anarchique. Ce qui compte, c'es l'instant. D'autres préfèrent un temps de réflexion et de validation, puis jettent les pré-notes. "La pensée circule à l'état naissant". On peut rapprocher cette pensée immédiate et la pensée hypertexte. Comment se ferait la construction de liens dans un tel corpus : automatique, interactiive, différée, induite ?

- Jean : C'est un peu la même interrrogation que l'on retrouve dans "As we may think" de Bush - la différence étant qu'il s'intéresse à la problématique de l'organisation -, et dans les cahiers de Paul Valéry, où l'auteur s'interrroge sur le fonctionnement de l'esprit.

Par ailleurs le mot "hypertexte" est apparu en 1965 avec deux sens différents, chez Ted Nelson (sens informatique) et chez Gérard Genette (sens littéraire : l'hypertexte est une des catégories de l'intertexte, c'est la façon dont les mots sont reliés entre eux.) Le point commun est que "hypertexte" évoque l'idée de "relation".

Cela permet de mieux comprendre la pensée analogique, mais il y a d'autres formes de pensée. D'ailleurs, ce sont souvent les moins bons hypertextes qui sont construits sur le mode analogique. L'hypertexte est alors un avant-texte.

 

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"Lire, écrire, parler, penser dans la société d'information" de Paul Soriano - compte-rendu de lecture par Jean Clément

Ce livre est une tentative de rendre accessibles à un large public les enjeux de la société de l'information. Le lecteur construit sa réflexion/son "hypertexte mental"en circulant d'un thème à l'autre. Chaque page développe un thème, à l'aide de quelques citations. Les jeux de typo rendent la lecture agréable.

Le livre est une invitation à penser par soi-même. Mais Jean regrette que ce livre soit plus un collage de citations qu'une expérimentation autour de l'hypertexte, et que Paul Soriano ne développe pas plus explicitement sa propre pensée. Par contre, il a apprécié les textes d'analyse de François-Bernard Huyghes.

 

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"Typoésie" de Jérome Peignot - compte-rendu de lecture par Jean Clément

Cette anthologie de "compositions tant littéraires que plastiques dont le dénominateur commun est tel que le fond et la forme sont rigoureusement indissociables" est composée de cinq parties : Typographie, Poésie visuelle, Chiffres, Peinture, Musique.

Ce mode d'expression est vieux comme le monde. Comme Claudel l'évoquait : "Les mots ont une âme, et dans le mot lui-même, on trouve autre chose qu'une espèce d'algèbre conventionnelle. Entre le signe graphique et la chose signifiée, il y a un rapport. Tout aussi bien que la chinoise, l'écriture occidentale a pour elle-même un sens d'autant mieux que, tandis que le caractère chinois est immobile, le mot marche." Rimbaud, Mallarmé, Appolinaire, les futuristes, les dadaïstes, sont les précurseurs indirects de la "typoésie".

En 1944, en Allemagne, Eugen Gromringer donne un nouveau souffle à ce mode d'expression en inventant avec quelques amis la "poésie visuelle". Son premier recueil de poèmes visuels est publié en 1953 sous le titre Konstellationen. A chaque poème, il s'agissait de "reproduire cette constellation de mots apparaissant à la faveur d'une impulsion créative donnée". La même année au Brésil, paraît un recueil qui s'apparente à cette démarche : Poetamenos du groupe Noigrandes composé des frères Augusto et Haroldo de Campos, et de Decio Pignatari. En 1956, Pignatari invente le terme de Poésie concrète, auquel souscrit aussitôt Gromringer. L' inspiration revendiquée est la civilisation contemporaine (comme le Pop Art). Elle prend une forme parfois contestataire (dissidence tchèque, logo solidarnosc), parfois publicitaire (logo Newman), parfois simplement poétique, mais toujours concise. La simplification du poème à un mot ou un groupe de lettres fait écho à la simplification formelle de la langue courante.

"La poésie nouvelle est, dans son tout et dans ses parties, simple et visible d'un seul coup. Elle devient objet à voir et à utiliser. Objet de pensée, elle attache par sa brièveté et son extrême concision; elle est mémorable; elle s'exprime dans la mémoire comme image; elle sert à l'homme d'aujourd'hui par son caractère de jeu objectif et le poète la sert par le don qu'il a pour le jeu." Grominger à Pignatari.

Ce courant est transnational : Europe, États-Unis, Japon, Brésil. Au sein de l'hexagone, Pierre Garnier explore le concept de "poésie spatiale" (par exemple, le mot horizon avec le O plus haut, comme le soleil). Henri Chopin et Bernard Heidsieck développent l'école visuelle et phonétique française. Michel Leiris conçoit des poèmes visuels en jouant sur les sonorités des mots et en les agençant pour faire émerger d'autres sens.

Se pose le problème de l'évolution de cette poésie qui semble avoir atteint une impasse. La tendance décadente de la poésie concrète est le visuel pour le visuel, indépendamment du signifiant. Les artistes œuvrent alors dans le sens d'une décomposition de l'écriture : Julien Blaine, Christian Dotremont, Hains et Villeglé, Barthes avec ses "contre-écritures"...

 

En complément de Typoésie, le catalogue de l'exposition Poésure et peintrie (à Marseille en 93, commissaire : Bernard Blistène), édité par la RMN, est un très riche ouvrage de référence.

 

A découvrir également :

- La revue Formule, créée par Bernard Schiavetta sur la littérature à contrainte,

- Paperbook des Ponty Pithon, au traitement humoristique,

- Art Signal de Louis Calaferte, un très beau livre de recherche typographique,

- Le dernier clip de Gopher, où les images sont remplacées par des mots qui bougent en 3D, mimant l'histoire.

 

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Présentation du e-book de la société Cytale par Jean-Baptiste de Vathaire

Quelques remarques :

- Bonne qualité d'écran. TFT à matrice active. Couleurs. Jusqu'à 30 Mo de mémoire. Possibilité de changer la taille et le style des caractères.
- Accès internet.
- Format interne : le Open e-book (norme pour les e-books qui est en train de s'instaurer. C'est une DTD XML), avec en plus certains codes de mise en pages pour améliorer la lisibilité : le CytalPage.


Par ailleurs, Thomson Multimedia va fabriquer et vendre des Rocket e-books et des Softbooks
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