Groupe de travail



«écritures hypertextuelles»

compte rendu - 4 Décembre 2003




-n°4-

2003-2004



Prochaine réunion le 15 janvier à 19h30 à la MSH

Présents:

Jamila Kaouati, Janique Laudouar, Nicolas Szilas, Fakhar Zid, Benjamin Jung, Frédérique Matthieu, Djeff Regottaz, Jean-Hugues Réty, Oriane Deseilligny, Caroline Angé, Serge Bouchardon, Evelyne Broudoux, Jean Clément, Nelson Gonzalez.

Compte-rendu:


Nelson Gonzalez



Jean rappelle la proposition pour faire de la syndication des contenus. Une fois encore, on la soumet à l’assemblée. Elle permettrait à chacun d’afficher des informations de façon à décharger la réunion. Parmi les rubriques envisagées, une section d’actualités pourrait trouver sa place... donc appel à contribution. Le blog permet d’avoir accès plus facilement aux informations que la liste avec l’avantage d’avoir une traçabilité et une mobilité tous terrains. On se demande s’il doit être ouvert ou clos ? Comment assurer la gestion des commentaires, bref on essaie de considérer les inconvénients et les avantages mais la question demeure de lui donner une vraie fonction voire de communiquer avec l’extérieur par exemple, à la suite d’une journée d’études à la fois comme prolongement et développement des idées débattues. À ce propos la prochaine journée sur les Écritures serait l’occasion propice.

Actualités dvd :
INMEMORIAM paru chez Lexis numérique (jeu d’aventures classique) est le fruit d’un long travail de recherche. Trois ans avant le lancement on a installé des indices permettant aux joueurs-interacteurs (sur des vrais sites qui reçoivent et traitent le courrier) de récupérer des informations. Il a été réalisé d’après un concept de légende urbaine (question ou réponse), mais la légende urbaine doit-elle s’autogénérer ? D’après le principe de (?) on fait semblant d’y croire. Ce CD a été conçu comme un message (laissé par le Phœnix ?) de journalistes qui ont mené l’enquête avant la disparition... On se pose la question de savoir s’il était prudent de le faire (cf. la déclinaison du mode d’emploi qui pousse à bout l’idée que la parataxe est intégrée à la narration). Le concepteur de ce travail vient de la tradition cinéma, image, son. Il est par conséquent à jour sur la question et sur la conception interactive scénarisée on le voit dans son souci de la finition et du détail. Sur ces entre-faits on propose de consacrer une séance technique à visionner le CD et une autre à faire la présentation et au débat collectif.

Présentation du site : " www.livredesmorts.com " dans une mise en scène de Gérard Dalmon et avec l’intervention de Xavier Malbreil, l’auteur.
Xavier nous introduit à l’historique du site par une série de six questions censées expliciter l’argumentaire de la démarche : Qu’est-ce qu’un livre de morts ? Pourquoi écrire un livre de morts ? Comment fonctionne-t-il ? Qu’est-ce que l’interactivité apporte à ce livre ?
Le Livre de Morts égyptien avait pour but d’accompagner le mort dans son voyage à l’autre monde où les jouissances continueraient... Le Livre des Morts tibétain est un livre de prières pour pemettre les réincarnations successives. Ces livres répondent à la question du devenir du corps ou de l’âme après la mort, du cultuel on est passé au culturel par exemple, dans le cas égyptien les grandes œuvres civisationnelles sont nées de cette préoccupation. Pourquoi en écrire un, aujourd’hui ? Pierre Henry a fait un livre des morts égyptien et un livre des morts tibétain... Cela peut nous mettre sur la piste. Il n’a pas retranscrit, ni fait un requiem, il se servit des sons électroniques pour donner une nouvelle interprétation... C’est une première réponse.

On peut comparer Internet avec le mode des morts, puisque dans l’un et l’autre cas les identités sont plus floues que dans le monde réel, le masculin et le féminin ne sont pas tranchés (voire le cas d’un artiste dont l’œuvre a continué après son décès...). Ce site est le résultat d’un double pari, d’abord faire un livre des morts (un de plus ?) puis la contrainte née de la suggestion appuyée par l’interlocuteur et collaborateur G. Dalmon metteur en scène résidant à New York a été un véritable défi pour l’auteur du texte installé dans le sud de la France. Première idée : le texte serait une suite de questions à partir d’une scène de la résurrection récupérée dans Gertrude du réalisateur de Pages arrachés du livre de Satan (Dreyer, 1 919) donc un travail commun procédant par ajustements entre texte et image qui c’est échelonné sur une année avant la première rencontre. Puis l’idée des internautes-pélérins qui doivent répondre à des questions posées par le livre de morts et au fil de la discussion la proposition de réaliser une base de données. Par conséquent, c’est tout naturellement que l’idée du site c’est imposé à nous...

Rubriques du site :
Accueil
(Ce Livre des Morts est une œuvre en ligne interactive) ;
Présentation
(Êtes-vous déjà enregistré comme pérégrin ? OUI ou NON) ;
Parcours de lecture
(les sept chapitres du livre, composés chacun des textes et des séquences animées : Prélude, Étonnement, Chute, Animaux, Désolation, Reconstruction, Abstraction, Renaissance) ;
Parcours d’écriture
(comprend 35 questions et n’est visible que par le pérégrin) ;
La Salle de lecture
(dépôt des écritures et lecture de réponses).

On accède en anonyme ou par mots-clefs ce qui permet une bonne interactivité. Qu’est-ce que l’interactivité apporte ? Quand on commence le parcours on est mort... La question est alors de savoir ce que vous avez fait la veille, par conséquent le bilan de votre vie est au programme du premier parcours. On le voit c’est une interactivité paradoxale qui peut vous interpeller sur la double l’illusion des objets que la technique nous donne, et cette autre illusion non moins fréquente que l’on peut se saisir de soi et de la destinée de son corps après son décès... alors qu’à présent on peut choisir sa mort.

o Quelles ont été vos dernières paroles ?
o Quelles personnes avez-vous rencontré au cours de votre dernière journée ?
o Qu'auriez-vous aimé faire si vous aviez su que c'était le dernier jour ?
o Au cours des 12 derniers mois, certains de vos proches ont-ils disparu ?
o Si vous aviez su que vous alliez disparaître, qu'auriez-vous fait au cours de ces douze derniers mois ?
o Quelles sont les grandes étapes de votre vie ? o Quels biens matériels avez-vous acquis ?
o De quels biens matériels regrettez-vous de vous être séparés ?
o Votre vie professionnelle a-t-elle été à la mesure de vos espérances ?
o Quelles traces laisserez-vous de votre passage sur terre ?
o Lequel des cinq sens voudriez-vous conserver dans le sommeil éternel ?
o Imaginez qu'il existe un sixième sens. Que serait-il ? o Croyiez-vous en l'existence d'un au-delà ?
o Avez-vous adhéré à un système de pensée, et vous êtes-vous investi pour le promouvoir ?
o Quelle idée pourrait transformer le monde ? o Avez-vous causé du tort à quelqu'un au cours de votre vie ?
o Certaines personnes vous ont-elles nui particulièrement ?
o Que diriez-vous si l'on vous annonçait qu'une possibilité de revenir vous était offerte ?
o Que pourriez-vous faire d'autre si c'était à recommencer ?
o Resentez-vous une libération maintenant que le Livre des Morts se referme sur vous ?
o Vous a-t-il manqué une ou plusieurs questions pour tout exprimer ?
o Voulez-vous les formuler et y répondre ?
o En fermant les yeux et en imaginant cette dernière étape, que voyez-vous ?

Ce dispositif par questions sollicite des réponses et doit nous interpeller sur ces choix contre-nature donc le livredesmorts.com est un non-sens qui peut amener les gens à juger du côté (?) du projet ou alors à la critique de la technique, mais la possibilité de penser l’un ou l’autre est ouverte. C’est un livre des morts qui peut nous interroger sur le bricolage spirituel du temps présent et sur l’accès à des spiritualités étrangères qui peuvent ou non correspondre à nos attentes, mais toujours avec une interactivité appuyée sur le pérégrin (lecteur) en train d’écrire sa biographie posthume qu’il pourra donc lire de son vivant.

Développement à venir du livredesmorts.com commencé en 2000
Un souhait, que la place du pérégrin dans le livre des morts soit marquée de sorte à fabriquer une stèle mortuaire voire un masque mortuaire, au choix, que chacun pourra construire et sera associé au parcours à l’intérieur de la Salle de lecture, on peut imaginer une stèle numérique un peu comme un marque-page. Parmi d’autres projets, il y a celui des traductions en Catalan et en Anglais.

Discussion :
Sauf par bribes, il m’est impossible de restituer dans le détail, l’échange très intéressant de propos suscités par le thème apparemment familier du rapport à sa propre mort alors que celle des autres nous est d’avantage connue par exemple, via le J(ournal) T(élé) quotidien... Jean Clément fait remarquer les apories du " livre des morts " qui propose une médiation au moyen de médiateurs et du site...

En tout cas c’est ce qui semble avoir été retenu et qui transparaît dans les questions posées, qui évoquent la mémoire, la trace ou le peu de culte dont font preuve les gens de culture athée (sic)... Tous ces gens athées qui se posent des questions sur la vie après la mort virtuelle, la question de la révélation, etc., On se demande si l’ouverture d’un espace stèles n’est pas une nouvelle possibilité de " i-crémation " au sens d’une disparition enregistrée en ligne et light (non pas au sens de la lumière de l’après mort mais du lait écrémé). Puis le lien entre la question de laisser de traces de son passage et tout le rapport déclinable dans la relation à la (ma)mort qui pourrait aller jusqu’à proposer une boutique en ligne...

Mais on objecte que les déclinaisons par masques, stèles et autres accessoires risquent de dégrader davantage quelque chose qui est déjà passablement dégradé dans notre société. Alors que l’idée c’est plutôt d’exprimer quelque chose (du rapport à la (ma)mort) au regard des autres (pérégrins) donc non pas, par un dialogue de soi à soi (mais par un acte d’énonciation mis en scène et en ligne) qui ne comporte pas de dimension sociale... Comment intégrer des outils de représentation alors que dans l’intériorité on est en dialogue avec soi-même ?

La pratique et le rapport avec les morts (on a du mal à conjuguer à la première personne) ne sont pas une pratique non religieuse mais humaine. La proposition scénographique avec spatialisation peut contrarier le dialogue...
Quel échange (dialogué) imaginer pour cette mise en scène ? On pense aux rites où l’on peut se confesser en accédant virtuellement à une médiation — non pas quelqu’un qui reçoit une parole... Mais un dispositif, c’est personne...Il faut quelqu’un... Il faut donc que ça soit un chat... Quand est-il de cette figure de lecteur pérégrin, est-ce un lecteur imaginaire ? Ce dispositif relève plus de la liturgie visuelle, l’idée de médiation doit d’abord passer par le lecteur et non pas par le dispositif... Lorsque l’on considère différents angles de vue Chrétien, Islam, Voudu, Bouddhisme on peut imaginer des avatars... On peut imaginer aussi une déposition publique que d’autres pourraient lire. Est-ce que le parcours de lecture n’est pas une salle de relecture ?

Sur la question de limites du projet et de ce que veut dire un recueillement en ligne :
Pour assurer l’autonomie du site il a fallu construire une base de donnés. On est parti d’un cahier de charges portant sur les questions des internautes pérégrins avec le projet de rendre public cette introspection après passage par la salle de lecture.

Certes, mais dans ce cas l’introspection est une fiction au moyen des personnages. Et de même que l’on peut créer une fiction de soi, on peut imaginer un choix ouvert d’images, c’est-à-dire une autofiction scénarisée... La fiction peut commencer à n’importe quel moment dans la mesure où je me produis comme individu écrivant... De même, le moment pendant lequel on va réfléchir est peut-être déjà un moment d’introspection, en tous les cas le moment de l’écriture est une posture d’écrivain, c’est donc une œuvre de fiction... Alors, qu’en est-il de questions/réponses et du dispositif de lecture ?

Ne serait-il pas possible dans le cadre de l’intimité exposée et de la publication de journaux intimes... Pourquoi pas, ne pas établir un parallèle entre intimité, exposition de soi (sur un média public) et livre des morts ? Avec l’idée que la Toile est une opportunité de publication des écritures auto-biographiques et l’idée de naviguer avec une mise en intrigue en abyme... Qui peut dire où est la frontière entre mise la mise en intrigue et la fiction ? Par rapport aux travaux d’écriture numérique, comme ce nouveau projet de collaboration s’inscrit-il ? Les textes ont été écrits au même temps que le synopsis, ils donnent la tonalité de |’ensemble et suivant comme l’on se positionne...

Est-ce de l’avant-texte ou du paratexte ? Mais on pourrait inverser, écrit-on à partir d’un texte (hypotexte, lequel ?) comme point de départ pour être repris ? Autrement dit, quelle est la trace du premier auteur dans la suite ? Il y a plusieurs textes, en fait trois types de texte qui sont lus... Est-ce que l’animation de textes à l’écran contribue à la lecture, autrement dit, à la navigation d’un le parcours...

Il a une boucle de rétroaction dans l’écriture et la mise en scène et on s’attend à une progression dans la croissance de la base de données. Comment interpréter les textes de ceux qui ne souhaitent pas être lus ? Et qui sont cependant stockés dans le disque dur du serveur... À qui sont-ils destinés ?

Au total trois domaines se détachent celui de spiritualités, le vaste domaine des cultures athées et celui des cultures non athées, c’est-à-dire le domaine de " croyances légitimes " ou supposées telles et la galaxie des idéologies du salut (new age, halloween, etc.).
Les questions sur le statut de cette écriture collaborative en ligne, la nature et les relations de ces différents " textes ", ceux lyriques de sept chapitres animés, celui de questions et réponses, etc., restent à préciser. Et d’abord pour reprendre une question précédente, la mention " livre des morts — dont vous êtes le héros " à quoi correspond-elle ? Au sujet de la disponibilité des accessoires en ligne, la proposition n’est pas sans évoquer les sites de proximité thématique, par exemple, ceux de Halloween en ligne où l’on propose au fil de saisons et en particulier en fin d’année où des milliers de fervents attendent la nouvelle collection, un cercueil pour Halloween (ce n’est pas le titre d’un Western), vous avez au moins deux options :
1. D’abord, vous pouvez construire votre propre cercueil ;
2. Acheter un " vrai " cercueil, mais ce n’est pas bon marché, et...
3. Il vous suffit de consulter le catalogue, on vous propose le cercueil de vos rêves à prix réduit (il y a peut-être là une synergie à développer ?).