Groupe de travail

écritures hypertextuelles

compte rendu - 5 février 2004

Secrétaire de séance: Jamila Kaouati

Invités par Frédérique, Les auteurs de la vidéo interactive " la Démarieuse " (Pascal Meyer et Mathias Panhard), nous présente leur film.

Contexte : Ce projet est une maquette présentée dans le cadre du DESS Hypermédia de

Paris 8 (2002/2003).

Avant la projection, les auteurs, Pascal Meyer et Mathias Panhard nous donnent quelques éléments d’introduction.

La vidéo interactive est le récit d’une jeune femme (Agathe de Poitiers) abandonnée par son ami (Albert de Bordeaux) un soir de réveillon de Noël. Elle le cherche en vain et malgré le temps elle ne parvient pas à faire le deuil de cette histoire. Elle finit par ne plus supporter les couples qu’elle croise.

Ce document se présente comme un DVD classique avec une bande-annonce. Le titre " Démarieuse " est complété par un sous-titre " un voyage interactif dans l’entre-deux ".

" La Démarieuse " est tirée d’une pièce de théâtre de Gilbert Léautier qui a cédé ses droits à Pascal. Ce dernier avait un projet de mise en scène au théâtre qui a finalement évolué vers un film dans le cadre du DESS.

Les principes :

Les choix faits par les auteurs permettent une utilisation grand public : un lecteur DVD simple est suffisant.

Comment naviguer à l’intérieur de l’histoire ? en utilisant un repère signalé par un cadre rouge qui s’affiche à l’écran.

Projection :

La manette est confiée à une personne dans la salle et elle finit par circuler. Nous découvrons, à travers plusieurs scènes, Agathe l’héroïne esseulée. Le film est rythmé par le monologue, en off, de la jeune femme ; l’exploration se fait au gré de ceux qui actionnent la manette ; certaines scènes reviennent à l’écran sans être tout à fait identiques.

-Agathe dîne seule, le soir du réveillon, attendant son ami qui ne viendra pas

-Dans un square, elle observe un couple ; elle échange avec eux quelques mots anodins avant de sortir son pistolet et de les tuer.

-Elle s’installe dans sa voiture et dans le rétro aperçoit le couple vivant et enlacé

-Agathe est avec Albert ; une dispute s’engage ; la jeune femme prend un couteau et menace son ami

-Agathe est près des toilettes, elle se penche ; on aperçoit des photos voilées, des objets posés comme des indices.

Etc.

-À partir de cette dernière scène, on parvient à la conclusion du film.

Albert est dans la baignoire, mort, assassiné par Agathe.

 

Le Débat s’engage :

La fiction présentée est une maquette et non pas un produit fini ; (pas de projet de développement à l’heure actuelle).

Pascal précise que " le produit " prend toute sa valeur lorsque l’exploration se fait " en donnant le temps ".

Le concept : offrir à l’utilisateur la possibilité de remonter l’histoire, en s’appuyant sur des indices.

Pour Jean : ce film interactif laisse la possibilité de revoir une même scène avec un texte différent ; c’est aussi la capacité déléguée au spectateur de monter son propre récit.

Frédérique : le procédé de scènes vues et revues a été utilisé par Resnais (Marienbald par exemple). Mais à la différence du film où le réalisateur détermine les séquences qui reviennent, la vidéo interactive change la donne en offrant à l’utilisateur la possibilité de choisir ses propres allers-retours tout en avançant dans l’histoire. L’émotion provoquée n’est pas de même nature. La vidéo ouvre la relation et elle permet la communication avec ce qui se passe.

Pascal : Certaines scènes sont recontextualisées mais pas toutes.

Frédérique : L’interaction permet au spectateur de reconstruire l’histoire mais sans agir sur le montage.

Pascal : il s’agit d’un assemblage

Évelyne : La fiction renvoie un peu au film de David Lynch " Mulholland Drive " construit avec des extraits de récits TV.

Jean : Comment sont choisis les moments où l’interaction est possible ? Qu’est ce qu’on privilégie en cliquant ? Certains choix sont repérables par l’interacteur, par exemple le passage du rêve à la réalité. Pourquoi un cadre rouge ?

Mathias : Le cadre rouge c’est le choix d’un élément visible qui fait écho au bleu de L’Internet. Le spectateur décide d’agir ou non après l’apparition du cadre.

Jean : La manette est un objet interactif, mais reste un peu fruste.

Mathias : Le choix était de maintenir un fil continu qu’il n’y ait pas d’interruption dans le déroulé de la fiction.

Frédérique : Comment le texte a-il été travaillé ?

Pascal : Connaissait le texte ; avait envisagé une mise en scène théâtrale intégrant un dispositif de projection multimédia.

Lors des séances de brainstorming de l’équipe DESS, des choix ont été déterminés : prendre des extraits du texte original en fonction de l’action dramatique ; il s’agissait de " donner à voir " le parcours mental du personnage, en optant pour un monologue.

Mathias : Au départ, l’équipe avait opté pour un parti pris (finalement non réalisé en raison des contraintes techniques et de délais pour la maquette) ; il s’agissait de réguler " le déroulé de la fiction " en fonction du degré d’interaction :

Serge : Fait un parallèle avec un autre film interactif diffusé par ARTE (nom du film ?) et qui se passe dans le métro. Ce film montre de nombreux plans suggestifs qui déclenchent l’adhésion du spectateur.

Dans la " Démarieuse ", la distance est sensible et permet moins l’identification avec le personnage d’Agathe ; la manette contribue également à cette mise à distance.

Question sur les conditions de tournage

Pascal : Le film a été tourné en une semaine ; le projet initial prévoyait 30 scènes ; treize sont présentées dans la maquette. Le récit s’est organisé, à partir d’une trame triangulaire (maison, parc, voiture ?) et modulaire. Le module se construit sur la base d’une unité de temps et de lieu avec 4 scènes possibles, à la fois semblables et différentes (des détails modifiés, un texte offrant des variantes).

Ce dispositif a pour principale fonction de susciter la curiosité du spectateur et de l’engager à découvrir d’autres scènes, d’autres voies dans la construction d’un récit qu’il fait sien.

Serge : comment le spectateur est-il censé se repérer dans la fiction pour avancer ? Une typologie de spectateur a-elle été établie ?

Mathias : pas de typologie ; les procédures interactives sont expliquées dans le menu du DVD

Jean : Il aurait été intéressant de travailler le récit en mettant en avant des motifs, des séquences types, des figures, autant d’indices offerts au spectateur dans la conduite de l’histoire, dans son appropriation et sa construction singulière.

Question sur les parcours offerts au spectateur  : comment sont-ils construits ? sont-ils toujours cohérents ?

Pascal : De quelle cohérence s’agit-il ? Oui il y a une cohérence de l’action dramatique. Ainsi, si le spectateur choisit de ne pas cliquer, le récit défile sur un mode cohérent, mais sans interaction.

Question : les parcours sont-ils élaborés à partir d’un graphe avec une fin unique ?

Mathias : une fin unique est prévue déclenchée par une scène ; pour ne pas arriver trop vite à la scène en question, l’idée de départ était de provoquer des passages obligés pour chaque module. La technologie vidéo actuelle permet de construire de tels passages mais tout en laissant un choix dans l’assemblage des scènes et la construction de multiples parcours et de points de vue. (Utilisation du logiciel d’authoring DVD Maestro)

Jean : Il existe un film assez unique en son genre de Lucas Belvaux qui explore la question des points de vue. Une même histoire racontée sous trois angles ; Cette trilogie (" Un couple épatant ", " Cavale ","  Après la vie ") explore cette question du " point de vue ", en s’appuyant sur trois des personnages du film et produit des récits qui confrontent le semblable et le différent.

En littérature, Le " Quatuor d’Alexandrie " s’attache à un même type de question (de Lawrence Durrell en 4 volumes).

Ce genre littéraire est finalement assez répandu.

Nadia : évoque un livre japonais " Dans la forêt" (auteur ?) particulièrement intéressant sur cette question. (Elle enverra les références).

Caroline : A été touchée par l’immersion dans l’univers mental du personnage ; elle s’interroge sur les choix des scènes par les auteurs.

Pascal : Une arborescence a été conçue par l’équipe (lien, histoire) puis un story-board a été réalisé (sur papier 3 mètres sur 3). Ce fut un outil très aidant.

Le travail s’est fait aussi à partir d’un logiciel " Inspiration ? " pour construire des modules avec plusieurs scènes et des liens.

Les étapes :

1-Travail avec le logiciel " Inspiration ? " pour la construction des modules comportant plusieurs scènes et une scénarisation des liens

2)Un brainstorming avec story-board

3)Le story-board est intégré dans l’arborescence

4) Au montage, le story sert de référence

Serge : Quel a été l’intérêt d’utiliser l’interaction : A-t-elle permis plus d’implication, d’identification ou d’immersion ?

Quel intérêt pour les auteurs-créateurs d’utiliser l’interaction ? Il a peut-être plus de jouissance pour l’auteur que pour le spectateur.

Pascal : L’interactivité dans la construction de l’histoire a permis de travailler"  la liberté dans la contrainte ".

Frédérique : La dramaturgie rend bien le sous-titre de la bande-annonce " voyage dans l’entre deux " ; Dans une vidéo interactive, le transfert sur les personnages, est différent de celui qui s’opère dans un film classique.(selon Weissberg ? ?)

Serge : cite un film " La roue libre " de Delphine et Muriel Coulin où cette question est d’actualité.

Il a beaucoup apprécié le travail fait à partir des images.

Frédérique ; Souligne certains changements graphiques qu’on ne comprend pas sur le plan de la narration (scène des toilettes, passage à une teinte bleutée).

Jean : Il y aurait des choses à dire sur le rôle de la mémoire. On ne mémorise pas les événements de la même façon selon le type de film (avec ou sans interaction).

Frédérique : Dans l’interaction, un passage de relais s’opère entre ce qu’on observe et les sollicitations intérieures ce qui permet de réagir et d’envisager une action ou des actions.

Jean : Dans l’interaction, on soulage la tension de la mémorisation en revenant sur des scènes ; cela procure le sentiment de plus être soumis au temps du film.

Dans l’interactivité, on échappe à cette contrainte de la mémoire.

Serge : Cite un auteur ( ?) : " Dans le cinéma, le flux de la conscience correspondant au flux temporel " (je ne suis pas sûre de la citation)

Dans l’interactivité, la relation au temps change ; la forme de circularité joue sur le rapport au temps.

Dans " liquidation " un roman-photo sur cédérom, l’écrivain Québécois Michel Lefèvreoffre un aperçu intéressant de la question interactivité- mémoire-temporalité.

Voir aussi sur Internet, la même fiction (format, Web radio) de Lefèvre (" agence Topo ").

 

Après ce débat : quelques informations sur des évènements intéressants (festival Némo) puis sur la journée du 24 mars (Que propose le groupe cybertexte, sur quel thème, quelles formes ?) (voir courriel de Jean Clément à ce sujet).