Groupe de travail
écritures hypertextuelles

compte rendu - 16 novembre 2004


CR : Jean Clément

Etaient présents :

Rody Klein, Frédérique Mathieu, Philippe Bootz, Jeff Regottaz, Arthur Mimoun, Jean Clément, Jean Hugues Réty, Nicolas Szilas, Caroline Angé, Oriane Desseilligny.

Le retour de Rody
Pour sa réunion de rentrée, notre groupe de travail accueillait Rody Klein de passage à Paris. Il vit à Shangaï, port d'attache provisoire de son existence nomade. Son projet de thèse, qui est aussi un projet éthique, vise à amener les individus à la création collective et à poursuivre le Bien dans des processus de délibération. Cela suppose de se démarquer de la linéarité, de la rupture, qui sont les marques de la pensée occidentale, pour penser l'univers comme un processus de création continu. Héritier de la pensée juive et influencé par la pensée chinoise, Rody cherche sa voie non pas sur un plan purement intellectuel, mais dans une recherche appliquée, pragmatique qui se réfère au concept de "créativité" tel que l'entendent les américains. Il s'agit de produire un travail neuf, original et approprié. Se situant aux confins de plusieurs univers de pensée et de vie, Rody pense pouvoir œuvrer au rapprochement des points de vue français et américains sur la créativité, reprochant aux uns et aux autres de s'utiliser mutuellement comme repoussoir (esthétique de la gratuité contre créativité de l'agir). Ce dernier point a été considéré trop caricatural par la plupart des participants

Les compétences plurielles de Rody l'ont amené à piloter un projet nommé "Métis". Le choix de ce vocable grec renvoie au livre de Détienne et Vernant, Les ruses de l'intelligence, la métis des grecs, Champs Flammarion, 1974. Il s'agit de produire un film de publicité et de fiction pour les jeux olympiques de Pékin dont la particularité serait d'être une création collective et internationale à l'aide d'une "caméra virtuelle" et de reposer sur une narrativité "orientale", constituée d'errances, d'histoires intérieures, de points de vue multiples. L'idée de caméra virtuelle a suscité l'intérêt du groupe. Selon les termes de Rody, il s'agit de "build the camera while we shoot the film". Projet ambitieux, sinon utopiste, mais pour lequel Rody compte sur de nombreuses collaborations privées, institutionnelles ou universitaires (Frédérique Mathieu s'est déjà proposée pour filmer le "making off")

Arthur Mimoun et le jeu vidéo
Nouveau venu dans le groupe, Arthur est étudiant en DEA. Son sujet porte sur les architectures narratives dans les jeux vidéos. Il s'intéresse moins aux jeux "scriptés", proches des hypertextes, qu'aux jeux "à histoires émergentes" qui favorisent les situations de jeu (game play) et les "micro-narrations".
La discussion s'engage sur la question de l'I.A. soulevée par Philippe Bootz. Nicolas Szilas, spécialiste du jeu vidéo dans notre groupe précise que l'I.A. n'intervient qu'à un bas niveau, dans la gestion des personnages.
Jeff Regottaz signale l'exposition "Jouable" (jusqu'au 4 décembre à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, 31, rue d'Ulm, 75005 Paris) et le livre de J.-L. Boissier (commissaire de l'expo): La relation comme forme. Les actes des trois dernières expo "Jouables" sont disponibles à la vente sur place.
Nicolas S. (qui part pour un an en Australie travailler sur ses projets de jeu vidéo) rappelle la journée d'étude du 16 décembre qu'il organise avec J.-H. Réty au CNAM; Jouer avec une histoire: un défi pour les médias interactifs.

Divers
Orianne annonce sa candidature au colloque de Cerisy sur l'Internet francophone.
Caroline signale un court métrage très innovant: Mon chien.
Philippe rappelle la présentation du groupe Transitoire Observable à la BPI le 16 décembre en soirée.

Prochaine réunion le 9 décembre à 19h30 autour du travail de Caroline Angé sur "Le fragment philosophique et l'hypertexte". Sauf avis contraire d'ici-là (surveillez le courrier), elle aura lieu à Paris 8 salle A 148. Pour les prochaines réunions, dont les dates ne sont pas fixées, il y a déjà une proposition d'intervention de Philippe et une autre de Frédérique.


Extrait de la quatrième de couverture du livre de Détienne et Vernant
"La métis de Grecs—ou intelligence de la ruse—s'exerçait sur des plans très divers mais toujours à des fins pratiques: savoir-faire de l'artisan, habileté du sophiste, prudence du politique ou art du pilote dirigeant son navire. La métis impliquait ainsi une série d'attitudes mentales combinant le flair, la sagacité, la débrouillardise... Multiple et polymorphe, elle s'appliquait à des réalités mouvantes qui ne se prêtent ne à la mesure précise ni au raisonnement rigoureux.
Engagée dans le devenir et l'action, cette forme d'intelligence a été, à partir du Ve siècle, refoulée dans l'ombre par les philosophes. Au nom d'une métaphysique de l'être et de l'immuable, le savoir conjectural et la connaissance oblique des habiles et des prudents furent rejetés du côté du non-savoir."