Groupe de travail
écritures hypertextuelles

compte-rendu - 10 février 2005


 

Etaient présents : Jean Clément, Pierre Barboza, Estrella Rojas, Maia Mau, Caroline Angé, Janique Laudouar, Frédérique Matthieu.

 

Compte-rendu : Caroline Angé

 

Séance dédiée à  la recherche de Maia Mau dans le cadre d’un mémoire de DEA de l’université Paris VIII, sous la direction de Jean Clément.

 

Titre : « Le  Net Art  un dispositif à vocation collaborative ? Vers la création d’un espace public de l’art. »

 

Le travail de Maia s’oriente vers l’exploration de plusieurs thématiques. Celle-ci nous expose son plan, et ses pistes de recherches. Son étude implique une analyse des œuvres d’art produites pour et par Internet, particulièrement celles composées par la collaboration du public. Plus précisément, son questionnement porte sur la collaboration, utilisée comme un dispositif de création artistique, et la technologie employée :

« Au travers d’une perspective historique, et d’une analyse des dispositifs actuels, les nouveaux moyens techniques n’ont-ils pas, plus essentiellement, une vocation collaborative ? »

C’est l’observation de cette relation collaborative qui intéresse Maia. En premier lieu, elle retrace un parcours de l’art du XXe siècle, en analysant l’incorporation de l’action du public dans la création de l’œuvre. Elle étudie, l’intégration des technologies de la télécommunication dans l’art, permettant un échange à double sens entre plusieurs artistes, entre le créateur et son public et entre le public lui-même.  C’est là, dans cette interaction, créatrice de sens,  que Maia situe la spécificité de son objet.

Ce sujet présuppose  de définir une typologie des dispositifs collaboratifs sur Internet, en fonction des caractéristiques de la communication établie.  Il s’agit d’évaluer les enjeux culturels, sociaux, économiques et juridiques de la collaboration artistique à partir des deux questions suivantes :

-       Quel est le statut de l’auteur et de l’œuvre quand la création est distribuée parmi les participants ?

-       Les sites artistiques collaboratifs permettent-ils un réel échange entre les intervenants, qui composent ainsi des nouvelles communautés télématiques ?

 

Pour répondre à sa problématique, Maia propose un plan en trois parties. Tout d’abord, par le biais d’un panorama du Net art, en analysant des œuvres de différentes formes :

-       audiovisuelles (Peter Horvath- «Intervals)

-       des narrations et des structures interactives (N. Clauss- De l’art si je veux)

-       Référentielles du réseau (G. Chatonsky- La révolution a eu lieu à New-York)

-       Des créations collectives (Calc et Johannes Gees- Communimage)

-       Téléprésence (K. Goldberg-Telegarden)

Puis, une mise en perspective historique, met en lumière l’association de l’art et de la télécommunication, au travers de l’étude des réseaux mixtes (D.David- Talk out (1972), R.Adrian X- The world in 24 hours (1982), Ponton/Van Gogh TV- Piazza virtuale, 1992)  et d’Internet (D. David- The world’s first collaborative (1994)

Elle envisage la communication comme art selon la définition de Fred Forest : « un art dont la pratique et la finalité se trouvent au-delà de l’image, au-delà du geste pictural, au- delà de l’objet [...] dans la communication, elle-même, et ses modalités de fonctionnement » Maia étudie également la manière dont l’œuvre est communiquée dans les revues, dans les festivals, et les listes comme nouvelles formes de médiation institutionnelle.

Sa réflexion sur le Net Art est inspirée de l’idée selon laquelle : « L’artiste tente ici de constituer un milieu, un agencement de communication et de production, un événement collectif qui implique les destinataires, qui transforme les herméneutes en acteurs, qui mette l’interprétation en boucle avec l’action collective. [...] Il nous insère dans un cycle créateur, dans un milieu vivant dont nous sommes toujours déjà les co-auteurs. Work in progress ? Il déplace l’accent du work vers le progress. On rapportera ses manifestations à des moments, à des lieux, à des dynamiques collectives, mais non plus à des personnes. C’est un art sans signature. » (Pierre Lévy) Cette étude s’appuie sur plusieurs dispositifs dont « des frags » de R.Drouhin, un projet utilisant des outils sur le Web pour réaliser l’œuvre finale. Cette œuvre questionne la place de l’auteur dans la mesure où le concepteur transfère aux intervenants le titre d’artiste. De même, le dispositif « T-deus » de T.Laï, entre happening et art éphémère,  offre une forme de collaboration entre galerie collective et juxtaposition. Enfin, l’œuvre « Collabyrinth » de A.Deck, introduit la problématique de l’espace communautaire.  Les trois formes de collaboration retenues, s’articulent autour des thèmes de la collaboration et du son; de la collaboration avec le texte, puis entre artistes. Dans le premier cas, il s’agit de se demander si le support sonore favorise des dispositifs liés à la notion de l’éphémère, et plus spécifiquement si les dispositifs sonores se rapprochent plus des happenings.

 

Les interventions portent sur la pertinence du plan par rapport au sujet, en particulier sur l’historique. Jean Clément souligne qu’il faut problématiser davantage l’historique du plan, qui devrait proposer moins une généalogie, qu’une genèse de l’articulation entre la collaboration et les médias : de quelle manière l’échange coexiste-t-il par rapport à la contrainte des médias ? Les limites sont-elles sources de créativité ? Janique Laudouar formule l’intérêt de cette partie dans l’élucidation de cette question : est-ce que le désir « d’échanger » préexiste à la technologie et sous quelle forme s’est-il manifesté ?

Il faudrait qu’au terme de cette mise en perspective, ressortent les spécificités qu’apporte Internet au phénomène collaboratif. La discussion s’oriente sur le choix des exemples (comment tirer des idées de ces exemples ?). Quant à la seconde partie, selon Pierre Barboza il convient d’inscrire l’état des lieux du Net Art dans la question posée par le sujet. Estrella remarque que la sous-partie sur la communication de l’œuvre (de la diffusion) n’entre pas réellement dans le sujet. Puis, les échanges concernent la spécificité de l’œuvre sur Internet, et la relation au spectateur : Qu’est-ce qu’une œuvre collaborative ? Le Net Art propose-t-il des œuvres à notices ? Le discours sur l’œuvre (le commentaire) n’est-il pas une autre manière de « faire œuvre » ? Quand l’œuvre est achevée est-elle encore collaborative ? Est-ce le procès qui fait œuvre ? Autant de questions qui expriment la nécessité de définir précisément les termes du sujet. Le concept de collaboration suppose des niveaux de participation qu’il convient de clarifier. De même, le terme de communauté doit être discuté.

 

Caroline informe le groupe du contenu de la présentation sur l’hyperNietzsche qui a eu lieu à la MSH Paris nord le 2.02.05 par Paolo D’Iorio et Jean-Vincent Loddo « une infrastructure de recherche et de publication sur le web pour les sciences humaines. » La présentation de cet « hypertexte savant » s’est accompagné d’une discussion sur l’utilité d’Internet pour faire de la recherche scientifique en sciences humaines, en particulier  pour établir, commenter, analyser les grands textes de la tradition littéraire et philosophique.

Réf : Paolo d’Iorio (éd.), HyperNietzsche. Modèle d’un hypertexte savant sur Internet [...] Questions philosophiques, problèmes juridiques, outils informatique, Paris, PUF, 00.

 

La date de la prochaine réunion est fixée le 8 mars. Jean Clément se propose de commenter l’ouvrage « l’hypertexte ou la logique du sens ».