Groupe de travail

écritures hypertextuelles

compte rendu - 27 juin 2008


Prochaine réunion : le 9 octobre chez Estrella Rojas

Étaient présents :
Jamila Kaouati, Estrella Rojas, Jean-Marc Orsatelli, Marida di Crosta, Luc Dall'armellina, Jean Clément, Serge Bouchardon, Frédérique Mathieu, Stephan Hyronde, Bernhard Rieder, Nicolas Szilas, Evelyne Broudoux, Carole Lipsyc, Thiago Maximo, Oriane Deseilligny, Caroline Angé, Jean-Hugues Réty, Sophie de Quatrebarbes, Gilles Canet, Alexandra Saemmer, Étienne Perenny, Étienne Amato.

Compte-rendu : Luc Dall'armellina

Ambiance estivale à peine voilée d’un léger ciel de traîne baigné dans une douceur bienvenue. Nous commençons la traditionnelle réunion de juin, dans le jardin et avec un verre d'un délicieux et tonifiant breuvage Brésilien préparé par Thiago.

A l'ordre du jour :
1 - visionnage du film "Kiss feri tutira megy" signé de Barnabàs Tòth, frère d'Andras Tòth - initiateur historique de la liste de discussion Cybertexte du groupe Cytexte "Écritures hypertextuelles"
2 - discussion à propos de la relève pour la conduite du groupe, suite au désir de Jean de s'en libérer

1 - Le film
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Jean nous annonce la projection du film interactif de Barnabàs Tòth, réalisateur vidéaste hongrois qui s'est intéressé dès 1991 à l'interactivité. Ce court-métrage propose une situation de séduction : une jeune fille parle à un homme dont le visage est à la place de la caméra ; il est assis en face d'elle et on ne voit donc que le bout de ses genoux. A chaque question de la jeune femme, comme dans un jeu interactif, s'inscrit sur l'écran les deux possibles réponses ; il s'ensuit un processus de validation et donc de bifurcation du récit. Cette mise en scène emprunte quelques-uns de leurs codes, aux univers des jeux vidéos. C'est en fait un court métrage linéaire qui simule l'interactivité, il fait semblant; il y a un trouble qui subsiste après la projection justement à cause de la superposition des différents temps de lecture.
On remarque un peu en aparté, après la séance, qu'à cette époque, Luc Courchesnes réalisait Portrait N°1, sorte de conversation interactive actualisée et orientée par les choix du lecteur, et dont chaque réplique côté dispositif, est filmée. Il s'agit en fait d'un type de récit arborescent jouable en vidéo [http://www.fondation-langlois.org/Artintact2/ + http://www.fondation-langlois.org/e-art/f/luc-courchesne.html ], genre que Martin le Chevalier rénovera en 2000 avec Flirt, qui permet de jouer avec ce type d'interactivité à bifurcations, dans près de 250 situations extraites des grands films hollywoodiens noir et blanc de l'entre deux guerres [ http://www.martinlechevallier.net/flirt.html ]

2 - Le groupe
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Jean annonce son souhait de se retirer progressivement du groupe et assez rapidement des fonctions d'animation du groupe Cytexte. Il continuera à en faire partie mais n'en prendra plus la responsabilité de la conduite, tant sur la forme que sur le fond.
Nous évoquons ensemble et à plusieurs voix les différents aspects et qualités du groupe qu'il serait souhaitable de continuer à faire vivre, dans cet effort collectif on cherche à en préciser les contours, les aspects essentiels :
- l'ouverture du groupe à des chercheurs - moins dans le sens strictement universitaire que dans le sens d'engagés dans une démarche de recherche et de création - professionnels, artistes, scientifiques de provenances variées, institutionnelles ou non
- une qualité d'accueil et d'écoute qui concourt à créer un climat de confiance et de sécurité dans lequel la/les parole(s) singulières est (sont) possibles
- la relation(s) et l'ancrage à l'université Paris8, particulièrement au laboratoire Paragraphe
Pour rappel, c'est ainsi que le groupe est qualifié sur la page d'accueil Yahoo de la liste "Cybertexte" : "Le groupe de travail "Écritures hypertextuelles" a pour vocation de réunir régulièrement les étudiants et chercheurs engagés dans un travail en rapport avec la problématique des écritures hypertextuelles. Il fonctionne sur le principe de l'échange et du partage des informations. Il donne à chacun l'occasion de faire le point sur son travail et à tous d'élargir leur horizon conceptuel. Mise en commun de références bibliographiques, questions d'actualités, compte-rendus de lectures, exposés de travaux, constitution d'une anthologie de "bonnes feuilles", exploration de sites sur la toile, telles sont quelques-unes de ses activités."
Jean retrace brièvement les moments forts de l'histoire du groupe, ses conditions d'émergence, moins pour en faire l'historique que pour en déceler les modes de fonctionnement et les préoccupations. Evelyne signale les qualités d'ouverture, d'accueil, de lieu de parole, qui semblent aussi avoir les défauts de leurs qualités, tels les aspects informels peu tournés vers des productions concrètes. Carole fait remarquer que les productions (artistiques et scientifiques) sont plutôt numériquement et qualitativement élevées parmi les participants du groupe. Serge lui, souligne que même si ça n'est pas inscrit en tant que tel dans les objectifs du groupe, son fonctionnement favorise vraisemblablement les rencontres qui donnent lieu à des productions communes, il cite l’exemple du livre réalisé avec Evelyne, Oriane, Franck et lui-même l’an dernier pour le Centre Beaubourg [ Un laboratoire de littératures – Littérature numérique et Internet, Bibliothèque Publique d’Information, Éditions du Centre Georges Pompidou, mars 2007 ] ainsi que le projet commun de travail autour de la fiction interactive avec Nicolas et Jean-Hugues.
On évoque différentes qualités de notre groupe, Carole exprime avec beaucoup de justesse qu'elles viennent pour grande part de la qualité d'attention portée par Jean à chacun de nous, faisant de lui un passeur. Jean revient sur les termes de la proposition de Carole à propos du groupe qualifié comme un lieu de parole "sécurisant". On parle aussi d’un lieu "privilégié d'énonciations". Il se dessine donc un groupe de recherche aux qualités d'accueil et d'expression possible des singularités. On en évoque aussi les limites ou les manques, en tous cas ce qui a été parfois ressenti comme tel par les uns et les autres mais aussi les pistes de changements possible par rapport au fonctionnement actuel. Marida imagine par exemple que le nom "écritures hypermédia" puisse remplacer celui d'écritures hypertextuelle. Un début de discussion s'engage avec Gilles sur la terminologie mais on la remet à un autre jour, préférant se recentrer sur le débat du jour.
Evelyne signale qu'il faudrait maintenir mais mieux structurer le temps d'échanges et de communication des liens et bonnes feuilles dans un temps mesuré. Luc propose que certaines séances puissent s'articuler selon une approche en thèmes courant tout au long de l'année, il s'agirait d'imaginer des axes de travail, de faire le focus sur deux ou trois sujets, d'anticiper les présentations des uns et des autres, et les invitations d'artistes ou professionnels à présenter une démarche ou un travail. (exemples de thèmes : "écritures spatiales", "nouvelles temporalités" et dans lesquelles peuvent entrer en résonance différentes présentations et questionnements, oeuvres et ouvrages)
On a un long échange autour de la pertinence de ce type d'approches thématiques dans le cadre et l'esprit du groupe. Alexandra évoque le fait qu'avec les thématiques, c'est une autre sorte de fonctionnement, plutôt de type séminaire, qui installerait aussi son cortège d'organisation, de modalité de parole, qui ne vont pas nécessairement dans le sens de l'ouverture et de la circulation qu'on apprécie tant ici, elle tire ses arguments de son expérience de la conduite d'un groupe de travail à St Etienne. Sophie fait part de sa crainte que le groupe, dans un fonctionnement trop contraint, devienne un groupe "universitaire", s'éloignant de ses qualités actuelles d'accueil des non-universitaires et plus généralement de non-spécialistes. Le groupe ne se situe pas pour l'instant dans l'un de ces cas (thématiques VS sujets libres) car sa spécificité tiendrait plutôt en des règles de discussion (non déclarées) et surtout par le fait que Jean semble avoir acquis dans la conduite du groupe une vue implicite sur ses points d'arrivée, révélant sa qualité simultanée de découvreur et de guide.
Jean revient sur la proposition des thèmes, signalant que ce qui pourrait en être conservé - car il s'est posé la question à plusieurs reprises - c'est l'anticipation des contenus des séances. Luc revient sur l'idée que la notion de thème, assortie de l'annonce d'un sujet, titre et résumé, quelques jours à l'avance à tous les participants, permettrait de mieux préparer les séances, d'y arriver mieux informé, ce qui enrichirait les échanges. Mais la question reste cependant ouverte, et sans doute centrale : notre groupe d'"énonciation" est-il seulement compatible avec un "rituel" de préparation, d'anticipation, si oui jusqu'où ?
On évoque ensuite ensemble les différentes candidatures à la conduite du groupe, Jean énonce : Serge, Alexandra, Estrella, Luc. Serge, informé du fait que Jean a obtenu du laboratoire Paragraphe que les doctorants en attente de poste continuent d'en faire partie au titre de "chercheur associé", retire sa candidature. Estrella, Alexandra et Luc sont donc aujourd'hui aptes d'un point de vue administratif à conduire les activités du groupe. Après un bref tour de parole de chacun sur la question de son engagement et à l'invitation de Serge, nous nous rendons compte, peut-être tout en parlant, que les décisions ne sont pas encore mûres, ou peut-être et surtout qu'il n'y a pas d'urgence à en décider. Nous choisissons de réfléchir et donc de différer notre décision à la prochaine séance, prévue (et fixée ensemble) le 9 octobre chez Estrella. Il n'est à ce titre pas impossible d'imaginer que l'animation du groupe puisse se répartir entre différentes personnes. Jean mentionne tout de même qu'à ses yeux, une seule et même personne sur l'année, doit être le (la) référent(e) du fonctionnement logistique du groupe. Notre discussion semble avoir montré que pour l’heure, le plus important aux yeux de tous, était de nommer et de qualifier les spécificités du groupe afin d'imaginer comment au mieux en préserver la teneur, d'en poursuivre l'activité, et d'en faire fructifier l'esprit.
C'est moins le remplacement de Jean - qui reste nous l'espérons, actif auprès de nous - qui se posait ce soir au groupe, que la prise de conscience des qualités du groupe, de ses singularités, et de la réflexion et la recherche de la meilleure formule ou configuration pour en organiser la pérennité, sachant que comme organisme vivant dont nous sommes les agents, le groupe ne cessera pas de se modifier, comme il l'a fait jusqu'ici.

Au moment de clore la réunion, Frédérique fait lecture d'un passage qu'elle a choisi dans "Cybernétique et fantasme" d'Italo Calvino, formant ainsi entre notre collectif et Jean le passeur, notre signe de reconnaissance. Les mots "et tout commença avec le premier conteur" devinrent donc à travers le filtre de l'Apple Computer Incorporation un "Tout commença avec le premier compteur". Dédicace qui malgré - et sans doute grâce à - l'accident de sa faute, nous a finalement paru idéale.
Nous décidons de retourner dans le jardin, d'y poursuivre nos échanges tout en partageant notre joyeux pique nique. Soirée réfléchie, concentrée et gaie.

PS : si vous jugez qu’il manque des informations ou que certaines sont erronées, merci de m’envoyer votre « patch » correctif, je l’intégrerai et re-distribuerai la nouvelle version vers tous. Merci déjà à Frédérique, Stefan et Thiago pour leurs interventions directes ou indirectes dans ce texte.