Groupe de travail

"Ecritures Hypertextuelles"

Compte-rendu - 11 mai 1998

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Présents

BROUDOUX Evelyne - CLEMENT Jean - CONAN Anne - DALL'ARMELLINA Luc - De MORGON Laurence - DUBARRY Phiippe - GHARSALLAH Medhi - LIÉGEOIS Catherine - OGÉ Valerie

 Secrétaire de séance : Catherine Liégeois

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Sommaire
Actualités et digressions diverses
Planning
Figures de l hypertexte :bifurcation et incise

Planning


Fabienne présente ses excuses pour son absence et n est pas sûre de pouvoir revenir (planning de travail).Ni Solange Bothu ni Christiane Abadie-Clerc ne peuvent venir non plus : le programme d aujourd hui est un peu modifié
le 11 Mai (Webbar) : Anne parlera de littérature et Chaos
le 18 Mai (Webbar) :Janique : Grammaire du Design
Jean : "Sale Temps"
Luc : état des travaux
Du 25 Mai au 29 Juin Jean sera absent mais une rencontre est prévue le 15 Juin au CNAM.

Jean : il faudrait consacrer un séance au Mode d'emploi ; l'hypertexte repose sur un système de lecture qui suppose qu on va lire autrement. Exemple "Marelles" ou comment lire le roman de Giulio Balthazar; comment lire Myst, ou "Sale temps" . Les textes qui indiquent au lecteur comment lire le livre et le fonctionnement du dispositif de lecture forment un genre à part entière.
Le 25 Mai : La préface, le préambule, l avant propos, l avertissement, le mode d emploi, l introduction, le notule... Est -il necessaire ?
Jean présente "la littérature sur le Web" à 14h30 au CNAM

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Actualités et digressions diverses


Evelyne teste Dramatika un logiciel qui permet d écrire des histoires. Elle nous en parlera

Bolter a écrit un article en 1996 où il analyse pourquoi réalité virtuelle et hypertexte ne vont pas dans la même direction ( "Il était très mécontent de ce texte" souligne Jean) Evelyne pense néanmoins qu il serait intéressant d en faire la synthèse, en particulier dans sa façon nouvelle d aborder l écriture et sa critique de Descartes.
Le texte de Bolter : Degrés de liberté : http://www.lcc.gatech.edu/faculty/bolter/degrees.html

Répertoire de thèses électroniques (piste HypertextNow de Eastgate) http://etext.lib.virginia.edu/ETD/ETD.html

Jean pense qu il serait intéressant dans de prochains débats d aborder le problème des thèses électroniques. Il y a deux problèmes qui se posent
- la validation des écrits scientifiques sous une autre forme, la thèse étant un genre académique avec ses lois ...
- Les écrits non fictionnels

Andras évoque un chercheur américain qui a mis toute sa recherche en ligne ce qui permet une élaboration interactive de la recherche sous forme de journal.

Mehdi pense que cela se justifierait pleinement en architecture où la thèse pourrait être structurée avec les plans, élévations ...

Jean : La thèse a un poids, un volume, une possibilité de feuilletage... sa forme est importante.
On pourrait étudier les écritures non fictionnelles, l année prochaine?

Andras : Cela fait partie de mon travail de cette année comme l encyclopédie des idées de Michel Tournier.
Un étudiant fait une recherche sur les différentes interprétations possibles du Tractatus de Wittgenstein

Mehdi : Un codex est différent d un Hypertexte. C est un jeu de cartes mais l ordre des fragments est important, il y a une numérotation .
Le terme de narratif est souvent abusif. Ce sont des histoires préconçues où le lecteur doit entrer mais il n y a pas de création.
On met du narratif n importe où.

Jean : c est un peu la mode américaine où tout s apprend , le côté "Teach yourself narrative"

Andras : Le" Loebner Price, compétition d intelligence artificielle permet à l utilisateur de dialoguer avec des machines et de tester quel est le logiciel le plus compétent (on ne doit pas s apercevoir que c est une machine qui dialogue avec vous. Plus l impression qu on dialogue avec un être humain dure longtemps, plus la machine est compétente).
Loebner Price : pascal.acm.or/-loebner/loebner-price.htlmx
Megathal est élu comme étant le meilleur engin d intelligence artificielle jusqu ici .

Valérie Nouveau site : Théâtre de l Odéon à partir du 15 Mai ww.theatre-odeon.fr
Le catalogue de l exposition Dialogue de l ombre qui évoque l homme qui a perdu son ombre mais aussi la réalité et le virtuel.
Une série de livres dans la collection L iutile "Le Castor astral mais en particulier
What a man ! de georges Perec ( un texte écrit avec des A) qui est une véritable analyse de l oeuvre de Perec par Marcel Benabou qui commente tous les mots.

Jean : Il y a une librairie spécialisée dans les textes de l Oulipo dans le Marais.
Sur la passerelle de l université, ce sont des textes de Jacques Roubaud et du groupe de l oulipo, une parodie de Perec en particulier ( "je ne me souviens plus où j ai appris que..." ) et un texte sans jambages. Le 18 Mai, ce groupe sera présent pour la conférence de l inauguration de la bibliothèque.

Philippe cite 4 livres de Robert Carter à la Hune.Surtout le dernier sur les écritures expérimentales. Parlera prochainement de Silvio Gaggi et de la typo expérimentale.

Laurence : A l a BNF : Internet, citoyenneté Cyber. rajouter date une citation de Maurice Blanchot ( Le livre à venir - Folio) elle cite :

"L expérience de la littérature est l épreuve de la dispersion;
elle est l approche de ce qui échappe à l unité,
l expérience de ce qui est sans entente,
sans accord, sans droit, l erreur,
le dehors, l insaisissable, l irrégulier."

Catherine : cela m évoque toute une époque où on explore ce qui est autour de l écrit, la marge, la rature, les recherches de Dubuffet sur l informe, les recherches de Gilles Clément sur les lisi ères sauvages des jardins... mais actuellement il y a un retour à la forme il me semble.

Jean : La revue Formule (qui a des membres communs avec les écrivains de l Oulipo mais qui est différente) préconise un retour à la forme, à la contrainte.

Valérie : C est le lien entre forme et informe qui me paraît intéressant.
Actualité : un colloque multimédia et éducation est prévu à la Maison de la Chimie les 27 et 28 Mai 28 rue Saint-Dominique (metro Invalides) organisé par le journal du multimedia 0142679380 (2200F par jour)

Anne : Le Prix Möbius rajouter date

Andras : Un site Finlandais Websom présente des cartes sémantiques mises en place de façon statistique sur lesquelles on peut zoomer (self organism Map Helsinki University of Technology)
ciips.ee.uwa.edu.au/-hutch/OldIndex.html

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Figures de l'hypertexte : incise, bifurcations,


Bifurcation et incise
Nous travaillons à partir du texte de Roubaud, extrait du Grand incendie de Londres no10 (en ligne) dont Jean nous lit des extraits que nous commentons librement. Il est difficile de restituer la vivacité des é changes puisque je ne peux insérer le texte lu mais je suppose que chacun peut faire l effort de s y reporter pour comprendre les renvois, parenthèses et bifurcations de chacun d entre nous autour de ce texte.

Jean L impossibilité de se maintenir sur une même ligne procède d'une difficulté réelle de l écriture

Renouer avec l oral permet de donner du contexte, des explications ou des informations.

Laurence - la narration est comme un fil ténu. il y a une fragilité de la narration , menacée...Les incisions, les boucles permettent de réintégrer le réel. Les digressions portent sur des noms ou des circonstances.

Jean - C est une façon de contester le roman comme linéarisation de la digression. Le roman du 19ème siècle intègre les digressions (descriptions, contexte etc)
Roubaud raconte l échec d un roman. Il ne sait pas linéariser et ne veut pas jouer à être romancier . C est plutôt une conversation.

Luc- Voici la définition donnée par Olivier Reboul dans la rhétorique (Que sais-je): La digression est "récit et méditation, prosopopée qui renforce la preuve par l émotion."

Laurence- Ce n est pas une catalyse (=essentielle au récit) mais cela vient renforcer le fil de la narration, amène de la chair au récit principal.

Jean propose une autre définition : Partie du discours où l auteur s éloigne du sujet pour narrer une anecdote,un souvenir, dépeindre un paysage, un objet pour donner un développement inattendu. C est une histoire en marge de l histoire...la digression distrait le lecteur d un sujet trop aride, elle sert de suspension pour le faire languir ...elle est nécessire à l avocat pour convaincre son public (la digression comme manipulation ?)...Ainsi pour le po ète on parle de double digression... êt au cinéma de suspense comme interruption concertée....Dans un discours l anecdote sert à faire oublier un cadre aride en y ajoutant des ornements . Dans une fiction la digression pourrait être les ornements par rapport au récit proprement dit.
La digression est porteuse du récit.

Philippe-Elle pourrait être portée par une image. Elle sert à renforcer la preuve par l émotion.

Jean- on pourrait se demander quelles sont les fonctions de la digression : retardement (tension, suspense),ornement (gratuit), information (pour ceux que cela intéresse pour aller plus loin), anticipation (pour structurer le futur du récit). La digression est nécessaire ou facultative ?

Mehdi- elle peut servir aussi à évoquer des évènements passés (flashback)

Jean- Tous ces procédés de rhétorique dûment répertoriés dans une perspective linéaire (anticipation, analyse, prolepse, flashback...) perdent leur sens dans l hypertexte et sont à repenser totalement : retarder a-til encore un sens ? La digression, une des figures majeures de l hypertexte, perd une partie de ses usages

Mehdi- Dans le film "trop belle pour toi de Bertrand Blier, pendant tout le début du film, on cherche à savoir s il s agit d un flash back ou pas pour finalement s apercevoir que cela n a aucune importance : on a retiré la composante temps.

Laurence - Le temps de la mémoire, du rêve, du souvenir comme déplacement des moments sans exactitude. C est un temps présent mais non linéaire.

Catherine - La digression a une fonction d émotion dans un récit : les changements de style (humour, tension dramatique ...)

Jean-elle sert une finalité suivant le registre , elle donne un éclairage sur un personnage; elle est au service de quelquechose.

Mehdi- Il y a une pensée brute de l auteur, pas forcément calculée dans un but de poétique. Il faudrait revoir le côté "hors sujet" pé joratif de la digression ; On ne peut pas toujours mesurer la digression par rapport au fil du discours principal. -Dans l hypertexte, il n y aurait plus de digresion, juste le fil du récit. A part la couleur, on ne peut pas introduire de hiérarchie dans l hypertexte.

Mehdi- Evelyne a pourtant réussi à créer une histoire avec les messages d erreur. On croit qu on sort du récit mais c est une autre histoire!

Jean- dans l hypertexte, il y aurait une tentation d utiliser systématiquement la digression pour élaguer un récit principal. La digression joue son rôle. La rendre facultative est une tentation peut-ê tre dangereuse de l hypertexte qui devrait faire bon usage de cette facilité.
Suite de la lecture de Roubaud qui évoque l obligation de clarté, l inconfort de la rupture, les parenthèses à l infini...

Jean- les histoires dans les histoires. Je connais un conteur dont c est la spécialité et tout le plaisir vient de savoir quand se refermera la parenthèse . Il n y a plus de drite voie.
La digression poussée à lextrême devient une bifurcation.
Philippe- Il manque quelquechose dans l hypertexte et c est le désir du lecteur qui va le créer.

Jean - le dispositif hypertextuel est une provocation à la digression.

Mehdi - digression ou bifurcation

Jean- pour Roubaud le projet est celui d une oeuvre totale, une oeuvre comme Hypertexte. Balzac avait cette tentation mais l hypertexte est conçu après. Dans l hypertexte il y a un présent de l écriture, une absence de limite, de hiérarchie dans le temps. Chaque fois qu on fait un choix, on parcourt une seule oeuvre conçue comme un grand récit bifurquant.

Luc- l'oeuvre est jusqu'ici un choix de finitude dans un univers infini .

Valérie : ... montrer ce qui aurait pu être et qui n est pas.

Catherine : Comme dans le texte de Calvino (Monte-Cristo qui sera mis dans les textes en ligne) il y a chaque fois le roman et le roman (en négatif) de ce qu on n a pas choisi, ou que l écrivain a rejeté.

Laurence- Les contraintes de la production n étaient pas les mêmes pour le roman du 19ème paraîssant en feuilleton. Actuellement il n y a pas de contrainte de production , cela entraîne une impossibilité d écrire. Suite de la lecture évoquant toutes les métaphores du lecteur (marcheur dans la forêt, faux carrefour, pays où a lieu le projet, squelette du corps, branches, rivières, cartes routières, nervures de la feuille ...)

Mehdi- passer du manque au rêve ...!

Jean- Le texte date de 1986 ou 85 . Le rêve est l exploration simultanée de plusieurs pistes, de plusieurs livres. Les marques dans le texte sont les artifices (de numé rotation, couleurs ou typos). Cela me fait penser au livre de Maurice Roche "compact" conçu commme des tiroirs de rangement.

Andras - Pour le film "regarde la mer" le tournage a été fait dans l ordre car l acteur principal ne devait pas savoir ce qui lui arrive à la fin.

Jean- Je voudrais revenir sur la distinction entre incise et bifurcation.Dans une première approximation, on pourrait dire que la ligne du récit est modifiée dans le cas d une bifurcation alors qu" elle ne l est pas pour une incise. Mais en approfondissant, est-ce une question de proportion, de dispositif? La longueur pourrait être un critère distinctif ? La digression est présente dans les deux cas . Il y a bifurcation si le fil du récit change totalement.

Luc -Les critères pourraient être de dimension ou d éloignement (quitter l écran ou pas). Une fenêtre ouverte sur un écran principal pourrait être une incise (par un rollover...) Mais on peut faire des incises qui matériellement tiennent toute la place.

Mehdi- le critère pourrait être le contenu. Une fenêtre ouverte avec un seul lien en retour c est une bifurcation.

Jean- un aller simple serait une bifurcation, un aller - retours une incice.Marc Berstein distingue dans Patterns of Hypertext, episodic worlds (qui préservent le fil du récit) et mirror worlds (des mondes parallè les ou intertextuels qui permettent une perspective contrastée du thème central, soit en l amplifiant, soit en l élaborrant de façon qui aurait été impossible sans ces digressions.
La digression peut annoncer une bifurcation (aller à la page tant)

Mehdi - la digression peut permettre au narrateur, à l écrivain, subjectif, de se livrer un peu par l humour; ce sont des digressions que l on peut enlever par la suite (exemple dans mon projet où eux il elle et je avaient différents points de vue).

Evelyne- Mise en abyme, appendice, enchassement, miroir : cela est lié à la temporalité.
Jean- on pourrait faire un classement par les contenus (description, commentaire, technique...) et leurs niveaux, par les fonctions, et par les techniques.
La mise en abyme c est une partie du récit qui est l image de la totalité (effet vache qui rit complet = infini du miroir. Mais cela peut être aussi un procédé qui fait écho, on retrouve le même ré cit à une autre échelle
Evelyne - c est un effet métonymique ? mais toutes les métonymies ne sont pas des mises en abyme

Jean- En musique la mélodie principale qui renvoie à des reprises dans différents registres

Catherine- On pourrait essayer de répondre à la question que Jean posait au début : Dans l hypertexte les fonctions sont-elles les mêmes que dans un texte traditionnel. Sans linéarité , pourquoi y a t-il digression?
La linéarité n est pas forcément condamnable. Il y a du linéaire et du multilinéaire quand il y a un ou trois écrans.
Le récit principal peut être décousu, non linéaire , et il y a des digressions par rapport à lui.
Il y a aussi des hypertextes qui ne sont que des digressions, sans récit principal.
En fait, il n y a pas de frontière entre récit principal et récit secondaire: c est l image globale du lecteurt qui est différente dans la digression et le récit principal.

Catherine - c est le thème, la méthode, les concepts qui forment le lien entre des digressions. Par exemple le plaisir de lire des textes de Gilbert Lascault consiste à trouver des liens entre des textes apparemment juxtaposés.

Jean- Mais s il n y a pas d ordre de lecture, la liste, la collection, le combinatoire, ne constituent pas un hypertexte. L hypertexte suppose des parcours ou des liens privilègiés.

Laurence - Dans les vies parallèles de Dos Pasos, il y a des liens dont les gens ne sont pas conscients, plusieurs histoires dont ls croisements ne sont pas évidents;
L hypertexte est-il une suite de liens comme un patchwork ou une mosaïque. L ordre importe-til ou non ? On pourrait raconter l histoire dans un autre ordre.

Catherine- Quand l hypertexte est une suite de fragments c est le lecteur qui crée le texte principal.

Jean- C est le discours du lien, la façon dont on navigue qui se rajoute à la création du texte . l hypertexte serait les renvois dans uin texte.

Laurence - Des liens réversibles peuvent être créés. Le lecteur pouvant faire lui-même ses liens.

Jean- L hypertextualisation automatique est pour moi un oxymore (oxymoron= par ex "le noir soleil" )
Mehdi pose pour terminer un problème : L utilisation de la machine au delà du déclenchement du lien. L'algorithmique permet de programmer l ordinateur pour que la maniè re de se comporter du lecteur provoque des réactions (par exemple la fébrilité du lecteur dans le maniement de la souris provoque l azpparition de certains écrans) Le lecteur a-til conscience que c est lui (sa fébrilité par exemple) qui est un mode d emploi ?

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